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La Gardienne de l'Ecorce
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La Gardienne de l'Ecorce

Elle vit au pied de l'Arbre-Monde depuis aussi longtemps qu'on se souvienne. Elle tend l'arbre. Ou peut-etre est-ce l'arbre qui la tend.

Le Gardien

Personne ne connait son nom. Le titre « La Gardienne de l’Ecorce » — la Gardienne de l’Ecorce — est la seule designation par laquelle elle a jamais ete connue. Elle a vecu au pied de l’Arbre-Monde central pendant plus longtemps que les plus anciens archives de la ville ne peuvent confirmer. Plus longtemps que quiconque se souvient de son arrivee. Plus longtemps que les souvenirs des gens qui se souviennent des gens qui auraient pu temoin son arrivee.

Elle n’est pas jeune. Elle n’est pas vieille. Il y a une qualite a son vieillissement qui ne suit pas les patterns standards — certains jours elle semble ancienne, usee au-dela de la mesure. D’autres jours, elle se deplace avec la vitalite de quelqu’un dans sa prime. L’inconsistance n’est pas rassurant.

Elle s’occupe de l’Arbre-Monde avec une precision qui suggerent a la fois un rituel et une necessite. A l’aube, elle marche le perimetre du grand arbre, examinant l’ecorce — passant ses doigts sur les patterns de bioluminescence, les cicatrices laissees par des siecles de croissance, les points ou l’infrastructure de la ville s’est greffee dans le tissu vivant. Elle accomplit des actions qui semblent n’avoir aucun but, et pourtant l’arbre reste en sante parfaite. Paradoxalement.

La Frontiere

La zone immediatement environnante l’Arbre-Monde est le domaine de la Gardienne. Les Guildes n’y entrent pas sans invitation. Les familles ont appris a ne pas insister. Les frontieres ne sont pas physiques — pas de mur, pas de barriere — mais elles sont absolues. Les gens trouvent qu’ils ne veulent pas approcher son territoire sans permission. Le desir de respecter l’espace n’est pas impose externallement. Cela semble simplement correct.

Ceux qui peu ont ete invites — les representants de guilde, les chercheurs desesperes, les praticiens face a la mortalite qui esperaient que l’arbre puisse detenir des reponses — rapportent une femme qui parle en phrases completes, non pressees, sur des sujets qui n’ont rien a voir avec ce qu’ils viennent chercher. Elle pose des questions qui semblent tangentielles jusqu’a ce que tu realises, beaucoup plus tard, qu’elle demandait ce que tu avais vraiment besoin, pas ce que tu pensais avoir besoin.

Certains qui l’ont rencontree rapportent qu’elle les a touches, brievement, sur le front. Apres ce toucher, ils ont trouve la clarte. Pas des reponses — la clarte. La difference est profonde.

La Symbiose

L’Arbre-Monde est plus qu’un arbre. C’est le coeur de l’infrastructure vivante de Genomia, le nexus par lequel la communication genetique coule, la vieille chose contre laquelle la ville entiere se mesure. Certains praticiens preetendent sentir sa conscience — une vaste, lente, conscience botanique qui percoit le temps a l’echelle des saisons plutot que des secondes.

La Gardienne est soit en communion parfaite avec cette conscience, soit elle est devenue son extension. La distinction n’est pas claire. Elle se deplace comme si elle repondait aux impulsions qui viennent de l’arbre lui-meme. Ses mains se deplacent pour elaguer exactement au moment ou la croissance de l’arbre serait devenue excessive. Elle arrose les racines avec de l’eau tiree de lieux qu’elle approche comme si elle etait guidee. Elle parle a l’arbre dans une langue qui semble presque mais pas tout a fait comme les patterns de speech genomantique, bas et harmonique.

Parfois, les gens regardant de loin ont vu la bioluminescence de l’arbre monter et descendre au rythme de sa respiration.

Le Mystere Plus Profond

Les Guildes ont essaye, avec prudence, de comprendre ce que la Gardienne est. Est-elle une pratieenne de genomantie interdite ? Une chimere ? Une creation Sentiente d’une civilisation eteinte ? Est-elle, peut-etre, pas entierement humaine du tout ?

Elle n’a jamais repondu a ces questions. Quand interrogee, elle repond par des non-sequiturs. « L’arbre se souvient de l’eau qui l’a arrose il y a cent ans, » elle pourrait dire. « Es-tu de l’eau ? Te souviens-tu de ce qui t’a arrose ? » Ses reponses semblent irrelevantes jusqu’a ce que tu cesses de demander, et alors elles semblent contenir tout.

Certains chuchotent qu’elle est l’Arbre-Monde lui-meme, rendu temporairement en forme humaine. Que la conscience, suffisamment vaste et diffuse, peut choisir de se concentrer en un seul point. Que ce qui se tient a la base de l’arbre n’est pas une femme maintenant un arbre mais un arbre maintenant la pretense d’etre une femme.

La Gardienne ne confirme ni ne nie cela. Elle continue simplement son travail, tendant l’ecorce, parlant en enigmes a la vieille chose lente et vaste qui respire avec les saisons, tenant le centre de la ville dans une sorte d’equilibre que les Guildes ne comprennent pas entierement et n’osent pas deranger.

L’Arbre-Monde est sain. Il croit exactement comme il le devrait. Et a sa racine, il y a quelqu’un — quelque chose — qui sait bien plus que quiconque a le droit de savoir.